Chaque année, le concert des Enfoirés se pose comme l’un des grands rendez‑vous télévisuels de la saison. Sur scène, chanteurs, comédiens et humoristes se mobilisent au profit des Restos du Cœur, l’association fondée par Coluche, pour offrir un spectacle festif mêlant costumes décalés, numéros inédits et hommages musicaux, tout en récoltant des fonds.
Un spectacle populaire au service d’une cause historique
Le format est rodé : des reprises collectives, des mises en scène ambitieuses et une troupe qui évolue d’année en année. Anne Marcassus, la directrice artistique du show, est l’une des chevilles ouvrières de ce dispositif. Dans une interview accordée à Paris Match ce jeudi 12 février, elle est revenue sur les choix artistiques et les souhaits de la production pour enrichir la palette musicale du concert.
L’enjeu affiché reste le même : conjuguer divertissement et solidarité, tout en attirant des publics variés. Mais si la variété française, le théâtre et l’humour sont bien représentés, la composition de la troupe révèle toujours des manques, notamment du côté du hip‑hop.
Le hip‑hop, un monde encore peu présent
Malgré l’omniprésence du rap dans les classements musicaux, le genre demeure relativement discret au sein de la troupe des Enfoirés. À ce jour, seuls Soprano et MC Solaar ont accepté de représenter cet univers sur la scène du spectacle. Leur participation a été saluée par la direction artistique, qui y voit une voie d’élargissement du répertoire.
Cependant, plusieurs figures majeures du rap français n’ont jamais rejoint le plateau : Jul, Gims, SCH, PLK, SDM ou encore Ninho restent absents de cette affiche solidaire. Ces lacunes interrogent, tant le rap capte aujourd’hui une large part de l’attention médiatique et du public.
Anne Marcassus pointe les contraintes qui pèsent sur ces artistes : « Ce monde‑là nous ignore pour l’instant, ils ont d’autres impératifs », explique‑t‑elle, en évoquant tournées, enregistrements et projets personnels qui compliquent la disponibilité. La question de l’adaptation artistique se pose aussi : le format des Enfoirés repose sur des reprises collectives parfois éloignées du style habituel des rappeurs.
Bigflo et Oli : une invitation répétée et une porte ouverte
Parmi les noms que la directrice artistique aimerait convaincre, le duo Bigflo et Oli revient avec insistance. Les deux frères toulousains, populaires et présents dans le paysage rap, n’ont pour l’instant jamais participé au concert des Enfoirés. Anne Marcassus confie : « Je ne désespère pas d’arriver à convaincre Bigflo et Oli de nous rejoindre. »
Le dossier n’est pas neuf. Dans les colonnes de Télé‑Loisirs, Oli avait déjà indiqué avoir été contacté par la production : « On nous a contactés il n’y a pas longtemps. On doit les rappeler pour trouver le bon compromis », disait‑il, en reconnaissant la difficulté d’adapter leur identité musicale au format des Enfoirés : « On reste des rappeurs et c’est souvent compliqué de chanter les chansons des autres. »
Malgré ces réserves, le rappeur esquissait une ouverture : « J’espère qu’on trouvera la bonne idée. La porte est ouverte. » Ces déclarations laissent entendre que des discussions ont eu lieu, sans pour autant déboucher sur une participation concrète pour le moment.
La volonté de la production est claire : élargir la palette artistique du spectacle sans dénaturer son ADN collectif. Reste à savoir si les contraintes logistiques et artistiques pourront se concilier avec l’esprit des Enfoirés, afin d’accueillir un jour des représentants supplémentaires du rap français.
En attendant, la scène des Enfoirés continue d’attirer de nouveaux talents et de mobiliser une large audience au profit des Restos du Cœur, perpétuant ainsi la tradition solidaire initiée par Coluche.


