La séquence a provoqué une onde de choc. Invitée le 9 février sur le plateau de CNews pour présenter son nouveau documentaire Les nouveaux Français, 100 ans d’immigration, Karine Le Marchand s’est retrouvée au cœur d’une vive polémique après des propos tenus à l’antenne et jugés stigmatisants par de nombreux téléspectateurs et associations. L’affaire a pris une tournure institutionnelle : l’Arcom a été officiellement saisie.
Une promotion sous haute tension
Connue pour ses interventions publiques sur des sujets de société, Karine Le Marchand était invitée dans un format promotionnel pour évoquer son film, annoncé prochainement sur M6. Selon l’animatrice, ce documentaire ambitionne de retracer cent ans d’immigration en France à travers des parcours de vie et des décisions politiques majeures.
Rapidement, l’échange a dévié vers une anecdote personnelle racontée par l’animatrice. C’est cette séquence, diffusée le 9 février, qui a suscité l’onde de choc : la présentatrice a raconté avoir ressenti de la peur dans les transports en commun, en associant ce sentiment à la présence de personnes qu’elle décrit par leur origine ou leur religion.
Des propos qui heurtent
À l’antenne, Karine Le Marchand a déclaré : « J’ai vu le RER arriver. J’ai vu tous ces Noirs, ces musulmans et Arabes qui sortaient. (…) Je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir un peu peur parce que je n’avais pas l’habitude ». Sortie du contexte du témoignage personnel invoqué, cette phrase a été perçue par un grand nombre d’observateurs comme une essentialisation et une stigmatisation de catégories de la population française.
Les réactions sur les réseaux sociaux ont été vives : incompréhension, colère et condamnations ont rapidement circulé, certains internautes pointant le risque d’alimenter des stéréotypes dans un climat politique déjà tendu sur les questions migratoires. Des associations et des téléspectateurs ont demandé des comptes, ce qui a conduit à la saisine de l’Arcom, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique.
L’Arcom, qui veille au respect des principes de l’audiovisuel, notamment la lutte contre les propos discriminatoires et la protection de la dignité humaine, a donc reçu une demande d’examen de la séquence. Comme le rappelle l’autorité, une saisine n’équivaut pas à une sanction immédiate : elle ouvre une procédure d’analyse du contenu, de son contexte et de la conformité aux obligations légales et réglementaires des diffuseurs.
Le tweet relayé par le compte officiel de CNews, reproduit sur les réseaux, reprend mot pour mot la phrase incriminée et renvoie vers le direct : « 🗣️ ‘J’ai vu tous ces noirs, ces musulmans et arabes qui sortaient. Je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir un peu peur’ : l’Arcom saisi après les propos de Karine Le Marchand sur CNews #GrandMatin ➡️Suivez le direct : https://t.co/QKa5Efuc2W ☎️Réagissez au 0 826 300 300 pic.twitter.com/GwIL5uyW9j ». Cette diffusion a contribué à l’amplification de la polémique en rendant la séquence immédiatement accessible et commentable.
Ce que la procédure peut impliquer
Dans ce type de dossier, l’Arcom procédera à l’analyse du passage incriminé en tenant compte du contexte — ici une anecdote personnelle intégrée à la promotion d’un documentaire — et évaluera si les propos relèvent d’un témoignage privé ou tombent sous le coup d’une infraction aux règles de non-discrimination. L’autorité peut, selon ses conclusions, recommander des mesures, prononcer des sanctions ou clore la saisine sans suite.
Du côté des médias et des commentateurs, l’affaire relance le débat sur la responsabilité des personnalités publiques lorsqu’elles partagent des ressentis liés à l’appartenance ethnique ou religieuse. Pour beaucoup, l’élément problématique tient à l’association directe entre des caractéristiques identitaires et un sentiment de peur, une association considérée comme susceptible d’alimenter des stéréotypes.
Karine Le Marchand n’a, au moment de la diffusion de cet article, pas publié de communiqué fournissant un autre élément de contexte que celui livré à l’antenne. Le documentaire Les nouveaux Français, 100 ans d’immigration reste annoncé pour une diffusion prochaine sur M6.
La saisine de l’Arcom marque une étape institutionnelle dans la gestion de cette polémique. La procédure devrait permettre d’éclairer la portée exacte des propos prononcés et leur conformité aux règles audiovisuelles, sans que le dépôt de la plainte présume d’un verdict ou d’une sanction à venir.


