Ce 10 février 2026, Disiz se produit à l’Olympia, date qui résonne comme un symbole dans un parcours artistique marqué par la constance et les métamorphoses. À 47 ans, Sérigne M’Baye Gueye, connu sous le nom de Disiz, continue de remplir les salles tout en menant, loin des projecteurs, une réflexion profonde sur la transmission, la famille et l’exemplarité.
Un artiste aux multiples visages
Révélé à la fin des années 1990, Disiz a été découvert par JoeyStarr grâce au titre Bête de bombe. Il s’impose rapidement comme une voix à part dans le rap français, notamment avec l’album Le Poisson rouge, vendu à près de 200 000 exemplaires. Mais sa trajectoire n’a jamais été linéaire : curieux et éclectique, il explore la littérature, le théâtre, le cinéma et l’humour.
Auteur de deux romans et actif sur les planches et à l’écran, Disiz multiplie les champs d’expression. Ces incursions hors du rap traduisent une soif constante d’expression et de compréhension du monde. Sur scène, comme ce 10 février à l’Olympia, se dévoile la somme de ces expériences : un artiste qui mêle rock et rap, pop culture et références littéraires, refusant les cases et cultivant l’hybridation.
Paternité, rupture et remise en question
La vie personnelle de Disiz a également marqué son parcours. Après près de vingt ans de mariage, il se sépare en 2019 de la mère de ses cinq enfants. Il évoque cette rupture sans fard, parlant de culpabilité, de remise en question et de reconstruction. Aujourd’hui, il assure la garde des enfants à mi-temps et dit placer la famille au centre de ses priorités.
« Papa poule », comme il se définit, puise dans ce lien une force nouvelle mais aussi une exigence envers lui-même. Dans un entretien accordé à Libération, il confiait : « C’était une spirale », admettant avoir longtemps vécu avec « la maladie de la culpabilité ». Ces mots traduisent un artiste lucide, confronté à ses fragilités et déterminé à tirer des leçons de ses échecs.
Un retour aux études pour donner l’exemple
Dans ce contexte, Disiz a pris une décision significative : reprendre ses études. Adolescents, il avait quitté le système scolaire sans obtenir le bac pour se consacrer à la musique. Mais devenu père, il a ressenti le décalage. « Je commençais à dire à l’aîné qu’il devait bien travailler à l’école pour avoir son bac alors que je ne l’avais pas eu moi‑même », expliquait-il.
En 2010, il passe et obtient un DAEU, équivalent du baccalauréat, avec mention. Il s’inscrit ensuite en faculté de droit, attiré par la compréhension des mécanismes sociaux et politiques. Ses études universitaires sont interrompues pour des raisons professionnelles, mais l’essentiel pour lui était accompli : montrer par l’exemple que l’apprentissage n’a pas d’âge.
Ce retour à l’école ne relève pas d’un simple symbole. Pour Disiz, il s’agit d’un acte concret de transmission. Il souhaite démontrer que l’on peut se tromper, revenir en arrière et repartir autrement. Cette philosophie irrigue aussi sa musique, où la maturité et l’introspection prennent une place croissante.
Musique et identité : un parcours en mutation
Les albums récents de Disiz, notamment L’Amour, portent la trace de cette évolution : des textes plus introspectifs, une vulnérabilité assumée et une réflexion sur les relations humaines et la paternité. Son parcours artistique se lit aussi dans ses noms de scène. Il a évolué de Disiz La Peste à Disiz, puis à Disiz Peter Punk, avant de revenir à une identité plus épurée.
Ces changements de pseudonyme accompagnent ses métamorphoses personnelles et artistiques. Ils témoignent d’un artiste qui expérimente, se déconstruit et se reconstruit sans renoncer à son exigence créative. Sur scène, il incarne cette histoire : le succès, les doutes, la chute et la poussée vers une nouvelle forme d’équilibre.
En reprenant ses études, Disiz n’a pas seulement visé un diplôme. Il a voulu incarner, pour ses enfants et son public, l’idée qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre, comprendre et se réinventer. C’est ce message, à la fois intime et public, qui structure aujourd’hui sa trajectoire et irrigue son travail artistique.


