C’est une affaire qui a opposé pendant quatre ans l’univers des influenceurs et celui des émissions télévisées satiriques. Le 12 mai 2022, une chronique de Quotidien, présentée par Yann Barthès et signée du chroniqueur Nicolas Fresco, a déclenché une réaction vive de Julien Geloën, ancien candidat et gagnant de Secret Story. Depuis, le différend a pris la voie judiciaire entre l’influenceur et la société de production de l’émission, Bangumi.
Les chroniques à l’origine du conflit
La discorde trouve son origine dans la reprise, par Quotidien, de vidéos Instagram dans lesquelles Julien Geloën réalise des promotions commerciales. Lors d’une chronique diffusée le 12 mai 2022, Nicolas Fresco s’attaquait à une promotion de gourdes aromatisantes réalisée par Geloën et lançait, face à Yann Barthès : « C’est le Xanax de la gourdasse. Ça vous fait croire que la vie a du goût, alors qu’en fait, elle n’en a aucun ».
Quelques mois plus tard, la même logique s’est répétée lorsqu’une publicité mettant en scène Julien Geloën et vantant une « innovation » autour de bouchons de bouteille attachés à la bouteille — une caractéristique mise en avant pour un produit Coca-Cola — a de nouveau été moquée à l’antenne. Nicolas Fresco n’a pas ménagé ses sarcasmes, estimant notamment que l’innovation vantée était pourtant prévue par une initiative réglementaire : « Si on enlève toutes les marques qui font ça depuis 2016, oui c’est du jamais vu. C’est d’ailleurs tellement une innovation que l’Union européenne a annoncé en 2019 que ces bouchons deviendraient obligatoires en 2024. Mais ça personne n’était payé pour le dire ».
La procédure judiciaire : une demande de 21 500 euros
Estimant avoir été atteint dans son droit à l’image et visé par des « propos moqueurs et satiriques » repris à des fins commerciales, Julien Geloën a assigné Bangumi devant le tribunal judiciaire de Nanterre. Selon les éléments rapportés par L’informé, l’influenceur reprochait notamment l’utilisation de ses contenus sans son autorisation et la monétisation de la chronique sur les plateformes de streaming.
L’avocat de Julien Geloën, Me Raphaël Molina, a développé l’argument selon lequel « la chronique a été isolée sur les plateformes de streaming et des publicités y ont été ajoutées. Cela a évidemment généré des revenus pour l’émission. Quotidien aurait dû lui demander son autorisation ». Sur cette base, la requête visait le retrait des vidéos litigieuses et la réparation financière du dommage.
Au total, Julien Geloën demandait 21 500 euros, répartis en 15 000 euros de dommages-intérêts pour préjudice moral et préjudice patrimonial, et 6 500 euros de frais de procédure.
Le tribunal tranche : liberté d’expression et débat d’intérêt général
La justice n’a pas retenu les demandes de l’influenceur. Le tribunal judiciaire de Nanterre a débouté Julien Geloën de l’ensemble de ses requêtes, estimant que la chronique de Quotidien contribuait à un débat d’intérêt général. Le jugement souligne implicitement la légitimité de la satire et du commentaire critique lorsque ceux-ci s’inscrivent dans une discussion publique, notamment autour de pratiques commerciales et de la promotion de produits par des influenceurs.
En outre, le tribunal a condamné Julien Geloën à verser 4 500 euros à Bangumi pour le remboursement de leurs frais de procédure, marquant un renversement financier pour le plaignant.
Enjeux et portée de l’affaire
Cette décision interroge sur la frontière entre droit à l’image et liberté d’expression médiatique. D’un côté, les créateurs et influenceurs revendiquent une protection contre l’utilisation commerciale de leurs contenus sans accord. De l’autre, les médias revendiquent le droit de commenter et satiriser ces mêmes contenus dans un cadre d’information et de débat public.
L’affaire souligne aussi les tensions nées de l’économie de l’influence, où les contenus à vocation promotionnelle circulent largement sur les plateformes et peuvent être repris par des émissions qui génèrent elles-mêmes des revenus publicitaires. Pour le tribunal, en l’espèce, l’intérêt du débat a primé.
Sans appel explicite à une réforme, ce dossier rappelle que les acteurs — influenceurs, producteurs et diffuseurs — évoluent dans un paysage juridique et médiatique encore en construction, où se négocient les limites entre promotion, satire et protection des droits individuels.
Retour à l’envoyeur pour Julien Geloën, débouté de ses demandes et condamné à rembourser les frais de procédure : une fin de contentieux qui illustre les risques et les interactions parfois conflictuelles entre contenus sponsorisés et critique médiatique.


