Ce 6 février 2026, Yael Naim souffle ses 48 bougies. L’occasion de revenir sur le parcours singulier de cette artiste franco‑israélienne, devenue une figure discrète mais majeure de la pop folk, et dont l’histoire parisienne reste indissociable d’une petite artère du 11e arrondissement : la rue Keller.
Un deux‑pièces qui a façonné un son
La rue Keller, proche de la Bastille, n’est pas une adresse spectaculaire. Courte et populaire, elle a pourtant servi de décor à une phase décisive de la carrière de Yael Naim. C’est dans un modeste deux‑pièces de ce quartier que la chanteuse a longtemps vécu et travaillé, en duo avec le percussionniste et multi‑instrumentiste David Donatien.
Plutôt que de s’enfermer dans des studios clinquants, le couple a choisi de façonner un son à la maison. Bruits d’eau, crépitements de cuisine, résonances des murs : ces éléments de la vie quotidienne se sont glissés dans l’enregistrement de l’album qui, à la fin des années 2000, propulsera Yael Naim sur le devant de la scène.
La méthode était artisanale et intime. Enregistrées entre salon et cuisine, les chansons reflétaient une proximité rare avec l’espace domestique et les allées‑venues du quartier. Malgré le succès qui suivra, la musique du duo est restée marquée par cette économie de moyens et cette quête d’authenticité.
Parcours et influences
Née à Paris de parents juifs tunisiens, Yael Naim part pour Israël à l’âge de 4 ans et grandit à Ramat Hasharon, près de Tel‑Aviv. Le piano classique occupe ses premières années, avant la découverte de la folk et de Joni Mitchell, qui l’orientent vers une écriture plus personnelle.
Elle effectue deux années de service militaire au sein de l’orchestre de l’armée de l’air israélienne, participe à des groupes et multiplie les scènes locales. Le retour en France au tournant des années 2000 marque un nouvel acte de sa trajectoire artistique, mais le chemin n’est pas sans embûches : un premier album discret, puis une parenthèse dans la comédie musicale Les Dix Commandements, dont elle dira plus tard qu’elle a été formatrice tout en la poussant à retrouver une musique plus intime.
La rencontre artistique avec David Donatien change la donne. Ensemble, ils conçoivent un projet chanté en anglais et en hébreu, délicat et loin des logiques de tubes. Puis survient la bascule commerciale : la chanson « New Soul » est choisie pour une campagne mondiale d’Apple. Les ventes explosent en France, puis à l’international, et la chanteuse se retrouve propulsée sur des scènes plus vastes.
Malgré cette notoriété, Yael Naim conserve une certaine modestie dans ses moyens et une préférence pour des salles à taille humaine. Elle évoque souvent son quotidien parisien avec simplicité : travail à domicile, repas partagés, gâteaux tunisiens préparés par sa mère, oscillation entre solitude créative et complicité musicale. Paris, dit‑elle, lui offre une densité humaine et une poésie qui nourrissent son inspiration, même si le froid de la capitale la surprend toujours.
Deux mondes, une même adresse
La rue Keller n’a toutefois pas été le théâtre d’une seule histoire. Quelques années après le séjour de la chanteuse, la même rue devient l’adresse parisienne d’un visage bien connu de la vie politique française : Manuel Valls. Alors Premier ministre, entre 2014 et 2016, il y vit avec son épouse de l’époque, la violoniste Anne Gravoin.
La présence du chef du gouvernement transforme, ponctuellement, l’ambiance du quartier. Dispositifs de sécurité et surveillances policières s’ajoutent à la vie ordinaire des riverains, boutiques et cafés, créant une cohabitation singulière entre quotidien de quartier et contraintes liées à la fonction ministérielle.
Cette juxtaposition dit quelque chose de Paris : une cité où des trajectoires apparemment opposées — une chanteuse enregistrant des chansons dans son salon, un Premier ministre rentrant chez lui après les sommets de l’État — peuvent partager une même adresse. Rue Keller, une voie ouverte au XIXe siècle sur les terrains d’un ancien marché au charbon, a vu se croiser ces mondes sans qu’ils ne se confondent entièrement.
À 48 ans, Yael Naim poursuit un chemin fidèle à ses débuts : exigeant, sensible et proche de l’intimité qui a marqué ses premières réalisations. Comme si l’esprit de ce deux‑pièces de Bastille — bricolage, sincérité, proximité — ne l’avait jamais vraiment quittée.


