Florence Aubenas souffle ses 65 bougies ce 6 février 2026, un âge qui marque une étape mais pas un repli. Depuis plus de quarante ans, la journaliste arpente les zones de guerre, les tribunaux et les campagnes oubliées avec la même exigence : raconter les vies que l’on ne regarde pas.
Itinéraire d’une reporter
Née en 1961 à Ixelles, en Belgique, Florence Aubenas grandit dans un milieu intellectuel et engagé. Diplômée du Centre de formation des journalistes (CFJ) en 1984, elle débute sa carrière au Matin de Paris puis au Nouvel Économiste avant de rejoindre Libération en 1986.
À Libération, elle devient grand reporter et impose un style reconnaissable : une écriture précise et narrative qui mêle reportage et sens littéraire. Elle couvre autant les conflits internationaux que les procès et les fractures sociales, adoptant une méthode basée sur le temps donné aux sources et l’écoute attentive.
Affaires marquantes et enquêtes
Parmi ses reportages judiciaires, l’affaire d’Outreau reste une étape fondatrice. Alors que l’opinion publique s’emballe, Florence Aubenas fait partie des premières à douter des versions dominantes. Elle souligne les incohérences, les failles des procédures et les visages brisés d’accusés clamant leur innocence. Son enquête est racontée dans La Méprise, qui revient sur ce fiasco judiciaire devenu symbole d’erreur collective.
Sa vie bascule en Irak. Le 5 janvier 2005, alors en reportage à Bagdad, elle est enlevée avec son fixeur Hussein Hanoun. Pendant 157 jours, la France suit les appels à sa libération : images de soutien, manifestations et une mobilisation médiatique importante. Libérée en juin 2005, Florence Aubenas racontera une détention faite d’isolement, de peur et d’incertitude. L’épreuve n’entame pas son attachement au terrain ; elle y retourne, fidèle à cette ligne entre information et danger.
Immersions sociales et écriture
Après sa captivité, elle quitte Libération en 2006 pour Le Nouvel Observateur, puis rejoint Le Monde en 2012. Entre-temps, elle signe l’un de ses livres les plus remarqués : Le Quai de Ouistreham. En 2009, pour ce récit, elle se fait passer pour une demandeuse d’emploi peu qualifiée, s’inscrit à Pôle emploi, enchaîne petits boulots et finit femme de ménage sur les ferries de Ouistreham.
De cette immersion naît un récit puissant sur la précarité, vendu à des centaines de milliers d’exemplaires et adapté au cinéma. Sans misérabilisme, Aubenas donne un visage aux invisibles en restituant les détails du réel et la parole des personnes rencontrées. Son travail oscille régulièrement entre enquête sociale et regard littéraire : En France, L’Inconnu de la Poste ou Ici et ailleurs prolongent cette démarche.
Distinctions et méthode
Florence Aubenas a été saluée par ses pairs et par plusieurs récompenses : prix Joseph-Kessel, prix Jean Amila-Meckert, un Globe de Cristal et un prix d’Académie. Elle a également été décorée commandeure des Arts et des Lettres. Malgré ces distinctions, elle reste distante des postures et privilégie la discrétion sur le terrain.
Son fil conducteur est resté constant : aller voir, rester, raconter. Du box des accusés d’Outreau aux quais normands, des rues de Bagdad aux campagnes françaises, elle défend un journalisme de présence où le temps long compte autant que l’événement. À 65 ans, Florence Aubenas incarne une idée du journalisme français : engagé sans slogan, sensible sans pathos, tenace sans recherche d’héroïsation.
Guidée par la conviction que chaque vie mérite d’être regardée comme une histoire entière, elle continue d’explorer des terrains variés avec la même obstination et la même exigence d’écoute.


