Gérard Depardieu, figure majeure du cinéma français, reste empêtré dans les conséquences judiciaires et médiatiques de plusieurs accusations, qui pèsent lourdement sur sa carrière. Si le comédien de 77 ans est apparu pour la dernière fois au cinéma dans Maison de retraite 2 (2024) de Claude Zidi Jr., il n’a plus fait d’apparition télévisuelle depuis le tournage de Diane de Poitiers de Josée Dayan. Les réalisateurs se montrent désormais plus réservés à l’idée de lui proposer des rôles, tandis que son nom résonne de plus en plus dans les salles d’audience.
Un documentaire inédit et des images qui relancent le débat
Dans ce contexte, TMC a diffusé ce mercredi 4 février un documentaire signé Julien Belver, intitulé Les scandales Depardieu. Le film propose des images inédites et des témoignages nouveaux, dont certains proviennent de proches ayant côtoyé l’acteur. Parmi les extraits diffusés figurent des séquences où l’on entend Gérard Depardieu proférer des mots grossiers à l’adresse de femmes présentes autour de lui, cités par le documentaire comme des insultes ou des phrases telles que « salope » ou « arrache‑moi la culotte ».
Le documentaire entend également donner la parole à des témoins jusque‑là silencieux et à des victimes qui se sont manifestées au fil des années. Selon les informations reprises dans la diffusion, depuis l’ouverture du dossier en 2018, vingt femmes ont porté des accusations de violences sexuelles et sexistes à l’encontre de l’acteur. En 2024, deux autres plaignantes se sont fait connaître en déclarant avoir été abusées sur le tournage du film Les Volets Verts.
La spirale judiciaire a culminé au printemps 2025 par une condamnation : Gérard Depardieu a été condamné à dix‑huit mois de prison avec sursis. Ces éléments forment le cadre dans lequel le documentaire de Julien Belver propose d’explorer l’image publique et privée d’un comédien longtemps célébré sur les planches et à l’écran.
Le témoignage rare d’Elisabeth Guignot, son ex‑compagne
Parmi les intervenants du film figure Elisabeth Guignot, la première épouse de Gérard Depardieu, qui a choisi de rompre son silence pour la première fois depuis le début de l’affaire. Le couple s’était marié le 11 avril 1970 ; de cette union sont issus deux enfants, Guillaume (1971‑2008) et Julie, née en 1973. Séparés en 1992, ils ont finalement divorcé en 2006 après une longue procédure.
Dans son entretien pour le documentaire, Elisabeth Guignot dit avoir longtemps gardé le silence par sentiment d’impuissance. « Je m’en veux de ne pas avoir parlé plus tôt. J’ai préféré le silence parce qu’il n’y avait rien à faire. J’aurais pu contrer beaucoup de choses. Il est temps pour moi que je dise quelque chose sur Gérard », confie‑t‑elle.
Elle dresse un portrait nuancé de l’homme avec lequel elle a partagé une partie de sa vie. « C’est quelqu’un qui est prêt pour un bon mot, pour détendre l’atmosphère, à dire une idiotie ou un truc qui dérange tout le monde même s’il est graveleux, même s’il doit choquer beaucoup de monde. Moi je ne déteste pas que de temps en temps il renverse la table. Il déboulonne un peu les statuts », explique‑t‑elle, décrivant un mélange de « truculence, de paillardise et de sentimentalité » qu’elle qualifie de « typiquement français ». Elle ajoute : « Peut‑être qu’il y a une révolte là‑dessus, je ne sais pas. Je n’ai pas envie de m’emmerder à penser à ça parce que ça me déprime. Je préfère parler à ceux qui entendent autre chose autrement. »
La comédienne, chanteuse et parolière ne manque pas non plus de critiquer le traitement médiatique de l’affaire. « C’est dégoûtant », lâche‑t‑elle, regrettant ce qu’elle perçoit comme un rejet proportionnel à l’amour que Depardieu a pu offrir : « Il a eu un rejet égal à l’amour qu’il avait proposé. »
Son intervention, présentée comme l’un des témoignages les plus rares au sein du documentaire, apporte un éclairage intime sur la personnalité de l’acteur et sur les ambivalences qui entourent son image publique.
Conséquences pour une carrière et débat public
Le documentaire relance ainsi la discussion sur la place d’un monument du cinéma face aux accusations dont il fait l’objet et sur la manière dont l’industrie et les médias traitent ces affaires. Entre reconnaissance artistique et condamnation judiciaire, la trajectoire de Gérard Depardieu illustre les tensions qui traversent le cinéma français depuis la libération de la parole portée par le mouvement #MeToo.
Les images et témoignages assemblés par Julien Belver posent des questions sur la responsabilité individuelle et collective, ainsi que sur la mémoire d’une carrière marquée par des réussites artistiques et des controverses judiciaires. Sans présenter de nouvelles décisions de justice, le documentaire propose un panorama des répercussions humaines et professionnelles qui continuent d’entourer le comédien.


