Invité mardi 3 février 2026 sur l’antenne de Face à Fogiel (RTL), Patrick Bruel a été confronté à des questions politiques qui ont rapidement pris un tour personnel et polémique. L’échange avec le journaliste Marc‑Olivier Fogiel a porté en grande partie sur des propos récents de Marion Maréchal et sur l’héritage de Jean‑Marie Le Pen. Visiblement agacé, l’artiste n’a pas ménagé sa réaction.
Un livre qui ravive de vieilles blessures
Depuis plusieurs jours Marion Maréchal assure la promotion de Si tu te sens Le Pen, publié chez Fayard. Dans cet ouvrage, l’ancienne députée soutient notamment que son grand‑père, Jean‑Marie Le Pen, n’aurait pas été antisémite malgré ses précédentes condamnations pour propos antisémites. Cette thèse, relayée dans les médias, a provoqué une vive réaction de Patrick Bruel lors de son passage sur RTL.
Interrogé par Marc‑Olivier Fogiel, le chanteur et comédien n’a pas cherché à nuancer son incrédulité. « Vaste éclat de rire », a‑t‑il lâché, avant d’ajouter, lassé : « C’est tout. Que voulez‑vous que je dise d’autre ? » Ces mots, concis, traduisent une incompréhension profonde face à une tentative perçue de réhabiliter une figure controversée.
Mémoire et blessures personnelles
Patrick Bruel, qui n’a jamais caché sa confession juive ni ses prises de position contre les discours de haine, a rappelé que le débat n’était pas seulement théorique. Il a évoqué des phrases dirigées contre lui et la façon dont certains propos de Jean‑Marie Le Pen ont été reçus par les victimes et l’opinion publique.
Le souvenir revient notamment à un épisode de 2014, largement commenté : dans une vidéo tournée avec une militante du Front national, Jean‑Marie Le Pen, interrogé sur ses opposants dont Patrick Bruel, avait lancé en ricanant : « On fera une fournée la prochaine fois. » Cette formule avait été immédiatement interprétée comme une référence aux fours crématoires nazis et avait déclenché une forte indignation.
Face à la polémique, Jean‑Marie Le Pen s’était défendu sur BFMTV, soutenant que le mot « fournée » n’avait « aucune connotation antisémite », sauf, selon lui, pour « des ennemis politiques ou des imbéciles ». Cette justification n’avait toutefois convaincu ni les associations, ni une large partie de l’opinion publique, ni les personnes visées. Plus de dix ans après, la réémergence d’une lecture différente de son héritage fait ressurgir des blessures encore vives pour ceux qui se sont sentis visés.
La réaction de Patrick Bruel, marquée par l’ironie puis par l’exaspération, traduit moins une dispute politique que le refus catégorique d’une réécriture qui gommerait la dimension antisémite attribuée aux propos de Jean‑Marie Le Pen. Pour l’artiste, la mémoire collective et la reconnaissance des souffrances liées à l’antisémitisme sont en jeu.
« L’antisémitisme a toujours été l’antichambre des plus grands malheurs » @PatrickBruel face à @FogielMarcO dans #RTLMatin pic.twitter.com/4gwXo6psdb
Un débat qui dépasse les personnalités
Au‑delà de l’altercation verbale, la controverse met en lumière une fracture profonde sur l’interprétation de l’héritage politique et moral laissé par Jean‑Marie Le Pen. Pour certains, il s’agit d’une tentative logique de défendre un lignage familial et politique ; pour d’autres, c’est une négation inadmissible de la portée réelle et des conséquences des discours publics.
Les positions affichées par des héritiers ou des proches de figures historiques polarisantes déclenchent régulièrement ce type de débat, mêlant histoire, mémoire et responsabilité politique. Dans ce cas précis, la convergence entre la défense de la mémoire et la dénonciation des paroles haineuses alimente une tension difficile à apaiser.
Sans appel direct à l’action, la sortie de Si tu te sens Le Pen et la réplique de Patrick Bruel soulignent que, pour une partie de l’opinion, certaines phrases et certains gestes ne peuvent être effacés par des justifications ultérieures. Le débat, quant à lui, reste ouvert et témoigne de la fragilité des frontières entre réhabilitation, oubli et reconnaissance de faits anciens.


