La question a pris tout le monde de court. Posée à voix haute au cours d’une commission d’enquête parlementaire, elle a transformé une audition technique en débat politique et symbolique.
Une audition scrutée sur la neutralité du service public
Lundi 2 février, Léa Salamé a été entendue à l’Assemblée nationale dans le cadre des travaux sur la neutralité et le financement de France Télévisions. Sa présence était particulièrement attendue : figure très visible du service public, elle incarne à la fois l’image du JT et un rôle éditorial plus large, en tant qu’animatrice-productrice de l’émission « Quelle époque ! ».
La commission, présidée par Jérémie Patrier-Leitus (Horizons) avec Charles Alloncle (UDR) comme rapporteur, travaille depuis octobre dernier sur les équilibres entre indépendance journalistique, financement public et perception de neutralité. Après l’audition de Nathalie Saint-Cricq fin janvier, celle de Léa Salamé concentre plusieurs enjeux concrets : visibilité médiatique, influence éditoriale et lien personnel avec la sphère politique.
Léa Salamé partage en effet la vie de Raphaël Glucksmann, eurodéputé souvent cité parmi les personnalités politiques susceptibles de figurer dans la course présidentielle. C’est ce lien intime, et la question des conflits d’intérêts potentiels, qui est revenu au cœur des débats.
La règle personnelle de Léa Salamé : se retirer en cas de campagne
Interrogée sur l’impact de la situation privée sur son travail, Léa Salamé a rappelé sa ligne personnelle. « Avant d’être la femme de quiconque, je suis une journaliste indépendante, honnête et une femme libre », a-t-elle déclaré. Elle a précisé la règle qu’elle s’applique : « S’il est candidat, je sors de l’antenne. Je ne veux pas que les Français puissent avoir le moindre doute ».
La journaliste a ajouté qu’elle avait déjà mis ce principe en application à deux reprises, en 2019 et en 2024, se retirant volontairement de l’antenne lorsque le père de son enfant était engagé dans des campagnes électorales. Elle a insisté sur le fait qu’elle avait agi ainsi « contre l’avis de sa rédaction », soulignant la dimension personnelle et contraignante de sa décision.
Ces propos visent à répondre aux inquiétudes sur la perception d’une proximité entre journalistes et responsables politiques. En formulant une règle stricte, Léa Salamé cherche à préserver la confiance du public et la sécurité éditoriale de ses équipes.
La question qui a fait basculer l’audition
C’est toutefois une autre question, relancée par le rapporteur Charles Alloncle, qui a marqué l’échange. Il a demandé, en substance : « Est-ce que vous pensez vraiment que si vous étiez la compagne de Jordan Bardella, vous seriez aujourd’hui toujours à la tête du journal de 20 Heures de France 2 ? »
La remarque a surpris l’assistance et déplacé le débat vers une dimension plus politique et comparative. Léa Salamé a répondu fermement : « Ce n’est pas moi qui décide qui présente le 20 Heures. Je ne suis pas la compagne de Jordan Bardella ». Elle a ajouté : « J’espère que si la compagne de Jordan Bardella était journaliste, elle pourrait continuer à faire son travail sur une chaîne publique ou privée, jusqu’à ce que son compagnon soit candidat ».
La journaliste a enchaîné avec une formule destinée à balayer toute idée d’inactivité forcée : « Tant qu’il n’est pas candidat, qu’il n’est pas en campagne, tu ne vas pas faire du tricot. Tu travailles. Tu es indépendante. Et quand il sera candidat, tu te retires pour protéger tes équipes et la confiance des Français. »
La séquence a été relayée en direct sur les réseaux sociaux pendant l’audition. Un message partagé en parallèle a résumé l’échange : Commission d’enquête : « Pensez-vous vraiment que si vous étiez la compagne de Jordan Bardella vous seriez aujourd’hui toujours à la tête du journal de 20 Heures de France 2 ? », demande le rapporteur @CHAlloncle . à @LeaSalame . #DirectAN pic.twitter.com/ABAuntgiDi
Enjeux et portée de l’échange
Au-delà du seul cas Salamé, cette confrontation souligne la sensibilité du débat sur l’indépendance des médias publics. Les interrogations portent autant sur les règles professionnelles que sur l’image renvoyée au public lorsqu’un journaliste entretient un lien personnel avec une personnalité politique.
L’échange a aussi mis en lumière la stratégie de précaution choisie par la journaliste : se retirer en cas de candidature explicite pour préserver la confiance des téléspectateurs et l’intégrité des rédactions. Reste que les questions posées pendant la commission montrent combien la perception publique peut influer sur la carrière et la visibilité des journalistes, quelle que soit leur pratique professionnelle.
Sur le plan institutionnel, la commission poursuit ses auditions afin d’établir des recommandations sur la neutralité et le financement du service public. Les interventions de personnalités médiatiques comme Léa Salamé alimentent un débat qui mêle règles déontologiques, contraintes personnelles et enjeux politiques.


