Ce 2 février 2026, Marie‑Claude Pietragalla fête ses 63 ans. Figure majeure de la danse française, ancienne étoile de l’Opéra de Paris devenue chorégraphe reconnue, elle a bâti une carrière marquée par l’exigence et la passion. Mais derrière la puissance du geste et la discipline du studio, son parcours personnel a été traversé par des épreuves intimes, dont la perte d’un proche survenue au moment où elle attendait sa fille, Lola.
Une grossesse éprouvante et la disparition d’un pilier
Marie‑Claude Pietragalla s’est peu souvent ouverte sur ses blessures personnelles. Pourtant, elle a raconté à plusieurs reprises que la période de sa grossesse a été bouleversée par la mort de son père. Selon les éléments rapportés, elle attendait un enfant avec le danseur et chorégraphe Julien Derouault lorsque ce drame familial est survenu, un événement qui a durablement marqué sa vie de femme et de mère.
Dans plusieurs interviews, Pietragalla a évoqué le contraste émotionnel entre « la joie de devenir mère » et « le chagrin du deuil ». Elle a qualifié cette époque de « situation douloureuse » et décrit une grossesse qui, au lieu d’être uniquement tournée vers l’avenir, s’est muée en une traversée intérieure faite de larmes contenues et de ressources à puiser au plus profond d’elle‑même.
Il existe une légère incohérence chronologique dans ses déclarations publiques : dans un entretien accordé en 2013 au média suisse Le Matin, elle a déclaré « J’ai perdu mon papa en 2003, dans des circonstances très difficiles. J’étais enceinte… Le plus grand regret de ma vie, c’est que mon père n’a pas vu ma fille ». Par ailleurs, d’autres éléments situent la grossesse et la naissance de Lola en 2004. La chronologie exacte peut donc apparaître différemment selon les sources et les entretiens.
La maternité comme ancrage
La naissance de Lola, survenue alors que Marie‑Claude avait 41 ans, a été décrite par la danseuse comme une renaissance. Dans ce contraste saisissant entre perte et arrivée au monde, la maternité est devenue un point d’ancrage essentiel, une « lumière » au cœur d’une période sombre. Elle parlera plus tard de ces moments « magnifiques, pleins de beauté et de lumière » qui ont accompagné la venue de sa fille.
Sur le plan professionnel, la période a coïncidé avec des phases de transition. L’artiste, réputée pour son exigence et son tempérament entier, a dû conjuguer la fragilité privée et les exigences publiques. Le corps — outil de travail depuis l’enfance — est aussi apparu comme un refuge, un langage silencieux pour exprimer ce que les mots peinent parfois à dire.
Avec Julien Derouault, elle a poursuivi une collaboration artistique et personnelle, fondant le Théâtre du Corps Pietragalla‑Derouault. Cette complicité à la ville comme à la scène a permis de mêler création et vie familiale, transformant l’expérience du deuil et de la maternité en matière artistique plus incarnée et habitée.
Des confidences publiques et des émotions toujours vives
Quelques années après, la douleur demeure perceptible dans ses confidences. Lors de l’entretien cité avec Le Matin (2013), Marie‑Claude Pietragalla avait craqué : « excusez‑moi, mais ça m’émeut toujours », disait‑elle en évoquant le regret que son père n’ait pas connu sa fille. Ces mots témoignent d’un deuil jamais entièrement refermé et d’une blessure intime qu’elle qualifie de difficile à expliciter.
Plus récemment, en 2021, elle est revenue sur l’image de son père dans un échange avec Radio France, le décrivant comme « mon héros, depuis toute petite », « un personnage mystérieux », « le Monsieur Hulot de Jacques Tati ». Elle oppose ce rêveur au rôle pragmatique et tendre de sa mère : « Dans ma famille, on ne disait pas trop ses sentiments, surtout mon père. Beaucoup moins ma maman, elle était très tendre. J’ai des souvenirs d’avoir plein de bisous tout le temps… Mon père un peu moins, la parole était rare, mais l’amour très présent. »
Ces témoignages publics, entre pudeur et émotion, éclairent la manière dont un événement privé a nourri une trajectoire artistique. Pour Marie‑Claude Pietragalla, la scène et la création ont servi à transformer la douleur en geste et à faire dialoguer la vie intime avec l’expression corporelle.
À 63 ans, l’ancienne étoile reste une figure incontournable de la danse française, dont le parcours mêle rigueur, résilience et une manière de transposer les blessures personnelles en œuvre.


