John Barry, disparu le 30 janvier 2011, reste une figure majeure de la musique de film du XXᵉ siècle. Né à York en 1933, le compositeur britannico-américain a signé des partitions devenues mythiques, de la saga James Bond à Out of Africa, en passant par Danse avec les loups. Sa carrière, jalonnée de récompenses — dont plusieurs Oscars —, contraste avec une vie privée plus tourmentée, à commencer par un mariage bref et malheureux avec Jane Birkin.
Origines musicales et mariage précipité
John Barry a grandi dans un environnement lié au cinéma : son père dirigeait plusieurs salles à York, ce qui l’a exposé tôt aux images et aux musiques de films. Après son service militaire, période où il découvre le jazz et peaufine son jeu de trompette, il fonde les John Barry Seven. Ce groupe pop-jazz lui permet de se faire un nom au Royaume-Uni et d’accéder aux studios londoniens. Son style s’y dessine : des mélodies larges et lyriques, mais soutenues par un sens du rythme qui deviendra sa signature.
Jane Birkin, de son côté, est alors une très jeune artiste, propulsée rapidement au cœur d’un monde d’adultes. Treize ans séparent les deux artistes — un écart d’âge qui, selon le récit ultérieur de Birkin, pèse sur leur relation. Ils se marient en 1965. Deux ans plus tard, en 1967, naît leur fille, Kate Barry. Mais l’union se délite cette même année.
Des tensions révélées par Jane Birkin
Dans ses écrits et interviews, Jane Birkin a décrit un mariage marqué par la souffrance. Elle évoque des nuits à pleurer, des somnifères pour dormir et un profond sentiment d’inadéquation. Elle se décrit comme une « femme-enfant » de 17 ans, persuadée de déranger son mari dans son travail. Dans ses souvenirs, John Barry apparaît comme un homme absorbé par sa carrière, souvent absent et déjà tourné vers Hollywood.
À l’époque, Barry connaît un succès fulgurant : les films de James Bond se succèdent, les commandes affluent, et le rythme de travail est soutenu. Pour Birkin, ce décalage est autant émotionnel que professionnel. Elle parlera par la suite d’infidélités et d’un climat affectif glacial, décrivant son mari comme « absent » et « méprisant ». Le couple divorce au bout de trois ans de mariage, une séparation qui laissera une empreinte durable chez la chanteuse et actrice.
Les conséquences familiales et la suite des vies
La fille née de cette courte union, Kate Barry, deviendra une photographe reconnue. Elle grandira entourée d’autres figures paternelles, notamment Serge Gainsbourg, puis Jacques Doillon, tout en conservant un lien avec son père biologique. La trajectoire de Kate Barry, marquée par une grande sensibilité, s’achèvera tragiquement en 2013 à Paris, un drame qui affectera profondément sa famille.
John Barry, quant à lui, poursuivra une carrière internationale. Il se mariera encore et finira par s’installer aux États-Unis. Sur la scène publique, son image restera celle d’un musicien d’exception, capable d’habiller James Bond d’une élégance sonore et d’offrir aux grands espaces africains une ampleur symphonique inoubliable. Pourtant, son histoire privée avec Jane Birkin rappelle que le génie artistique n’exonère pas des maladresses affectives ni des incompatibilités humaines.
Leur relation peut se lire comme un décalage de tempo : deux personnalités et deux rythmes de vie différents, chacune admirable à sa manière, mais incapables de trouver un accord durable. Cette métaphore musicale, que l’on pourrait appliquer à bien des couples d’artistes, souligne la difficulté d’allier création intense et vie intime apaisée.
Reste la postérité des œuvres de John Barry et l’héritage personnel laissé par cette courte liaison. Les partitions continuent d’évoquer son génie ; la mémoire des événements privés, elle, demeure plus sensible et plus douloureuse pour ceux qui les ont vécus.


