Ce 29 janvier 2026 marque un double anniversaire dans l’histoire politique de Jacques Chirac. En 1996, le président annonçait l’arrêt définitif des essais nucléaires français après une série de tests vivement contestés à l’international. Dix ans plus tard, en 2006, il instituait une journée nationale d’hommage aux victimes de l’esclavage, de la traite négrière et du commerce triangulaire, fixée au 10 mai. Ces décisions, symboles d’un mandat attentif à la mémoire et à la responsabilité historique, contrastent avec le silence qui entoure aujourd’hui l’une de ses propriétés corréziennes.
Un lien intime avec la Corrèze
La Corrèze a été pour Jacques Chirac plus qu’un ancrage politique : un refuge personnel. Le château de Bity, à Sarran, longtemps refuge du couple Chirac, porte désormais les marques du temps. Acquise en 1969 par Jacques et Bernadette Chirac, cette résidence secondaire du XVIIᵉ siècle symbolisait leur attachement à un territoire rural devenu socle électoral et affectif.
Le lien avec la Corrèze remonte aux années de jeunesse. Élevé en enfant unique, Jacques Chirac passa une partie de la Seconde Guerre mondiale en Corrèze, à Sainte-Féréole, où il fut scolarisé entre 1940 et 1943. Il évoquera plus tard ces étés corréziens comme un « symbole de liberté et de vagabondage ». Cette enfance corrézienne a nourri son imaginaire et son image d’élu de terrain.
Avant d’accéder à l’Élysée, l’enracinement local s’est traduit par des mandats concrèts. Conseiller municipal, puis président du conseil général de la Corrèze du 20 mars 1970 au 30 mars 1979, il a construit une longévité politique qui a solidifié son rapport aux réalités rurales. Bity est devenu plus qu’une résidence : un relai entre Paris et la province, entre pouvoir national et fidélité locale.
Bity, un château marqué par l’histoire
Le château de Bity a une histoire mouvementée. Reconstruit au début du XVIIᵉ siècle après avoir brûlé pendant les guerres de Religion, il passa entre plusieurs familles avant d’être racheté par les Chirac. Classé monument historique dès 1969, il a fait l’objet de restaurations visant à préserver son corps de logis rectangulaire, sa tour carrée et ses échauguettes d’angle.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la bâtisse aurait abrité des résistants et servi d’hôpital. Une rumeur persistante évoque même un séjour de Léon Trotsky dans les années 1930 ; cette précision demeure non confirmée et relève d’une tradition orale locale. Le château fut aussi, à une autre époque, le théâtre de rencontres privées et de visites officielles, comme celle du président chinois Jiang Zemin en 1999.
L’entretien d’un tel domaine représente un coût important. Les séjours y sont devenus plus espacés, surtout après 1995. En 2007, Jacques Chirac déclarait une valeur de 500 000 euros pour Bity dans sa déclaration de patrimoine, un montant qui renseigne autant sur la dimension financière que sur la charge d’entretien du site. Aujourd’hui, des signes d’usure sont visibles : toitures, jardins et façades montrent l’effet des années et d’un usage moins fréquent.
Deux maisons, deux destins
À quelques kilomètres de Bity, à Sainte-Féréole, subsiste une maison plus modeste du clan Chirac. Héritée en 1973, cette bâtisse rurale de quatre pièces avec grange et annexes reflète l’intimité familiale. Elle était valorisée à 60 000 euros dans la déclaration de patrimoine de 2007 et, selon le même document, elle est louée depuis quarante ans au même locataire. Cette maison continue d’entretenir un lien vivant entre la famille et le village.
Le contraste entre les deux propriétés est frappant. Bity, château de prestige, paraît aujourd’hui figé, ses herbes gagnent du terrain et ses pierres se patinent. La maison de Sainte-Féréole, plus humble, garde une fonction quotidienne et sociale. Ensemble, elles racontent le double visage de l’ancrage corrézien : l’éclat d’un pouvoir national et la simplicité d’une présence locale.
Plus qu’un lieu, Bity reste le décor d’une trajectoire politique hors norme. Son vieillissement symbolise aussi la fin d’un cycle, le passage du pouvoir à la mémoire, et interroge la manière dont la France conserve les traces matérielles de ses figures publiques.


