Ce 28 janvier 2026 marque le premier anniversaire de la mort de Catherine Laborde. Pendant près de trente ans, son sourire et sa douceur ont été associés aux bulletins météo de TF1, faisant d’elle une figure familière du petit écran. Mais derrière cette image publique se cache une histoire familiale moins connue, profondément marquée par la Seconde Guerre mondiale : celle de sa mère, Maria del Pilar, dont l’engagement dans la Résistance lui vaudra une distinction britannique remise au nom de la reine Elizabeth II.
Une enfance tournée vers les langues et le monde
Née le 8 mai 1951 à Bordeaux, Catherine Laborde grandit dans une famille où les langues et l’ouverture culturelle occupent une place centrale. Son père, professeur d’anglais devenu inspecteur d’académie, emmène régulièrement ses filles aux États-Unis. Sa mère, Maria del Pilar, est d’origine espagnole. Ce cadre familial, a priori ordinaire, recèle pourtant un passé romanesque et risqué qui se révélera plus tard.
Ce passé ressortira d’un carnet rédigé par Maria del Pilar en 1972. Elle y consigne ses souvenirs de la guerre : les mois d’attente, la peur, l’amour et la perte. Ce cahier, oublié pendant des décennies, sera retrouvé par Catherine et donnera naissance au livre Maria del Pilar, ouvrage que l’animatrice présente ainsi : « C’est le prénom de ma mère. C’est son histoire ». Elle ajoute : « C’est aussi un véritable roman ». À travers ce texte, Catherine entreprend de rencontrer et de comprendre la jeune femme qu’a été sa mère.
Le rôle de Maria del Pilar dans la Résistance
Durant l’Occupation, Maria del Pilar a participé à un réseau franco‑britannique chargé de liaisons avec l’Angleterre. Ces réseaux jouèrent un rôle essentiel pour la Résistance intérieure : transmissions d’informations, passages de personnes, opérations de renseignement et d’évasion. Le compagnon de Maria del Pilar, lui aussi engagé, est arrêté par les nazis, et elle attend son retour dans une incertitude déchirante entre août 1944 et mai 1945. Cette attente, au cœur du récit familial, illustre la jeunesse fauchée et les choix imposés par la guerre.
Pour son engagement au service d’un réseau lié à la Grande‑Bretagne, Maria del Pilar a été décorée par les autorités britanniques, distinction associée symboliquement à la reine Elizabeth II. Cette décoration souligne la coopération entre résistants français et institutions britanniques, et confère au parcours de Maria del Pilar une reconnaissance internationale qui résonne jusque dans la mémoire familiale.
Le récit familial dévoile une protagoniste jeune, passionnée et courageuse. Catherine Laborde, en restituant la trajectoire de sa mère, n’entend pas seulement reconstituer des faits historiques : elle cherche à combler une lacune intime. « Je voulais la retrouver, la rencontrer », écrit‑elle, décrivant une enquête menée à travers des témoignages, des papiers et des silences.
De la télévision à l’écriture : transmettre une mémoire
Lorsque Catherine Laborde quitte TF1 en janvier 2017, après vingt‑huit ans à l’antenne, elle adresse aux téléspectateurs un adieu empreint d’émotion : « Je vous ai raconté le temps qu’il fera demain, mais il y a aussi le temps qui passe… » Cette conscience du temps et de la transmission fait écho au destin de sa mère. Si la guerre appartient à l’Histoire, les gestes de courage persistent dans la mémoire des familles.
En racontant Maria del Pilar, Catherine Laborde opère un double geste : rendre hommage à une femme engagée et transmettre une mémoire familiale devenue collective. Le livre permet de faire émerger une Europe de la solidarité clandestine, illustrée par des trajectoires individuelles qui transcendent les frontières. Espagnole d’origine, résistante française décorée par le Royaume‑Uni, Maria del Pilar incarne ainsi une histoire plurielle, vécue dans l’ombre mais porteuse d’un héritage.
La médaille reçue du Royaume‑Uni devient, dans la narration de sa fille, la preuve tangible d’un courage discret. À travers l’écriture et la mise en lumière de ces souvenirs, Catherine Laborde prolonge la présence de sa mère dans la mémoire collective et familiale. Ce premier anniversaire de sa disparition rappelle que, au‑delà de la notoriété télévisuelle, subsistent des récits personnels qui définissent et expliquent une vie.


