Cela fait vingt-sept ans que CNews a vu le jour. Vingt-sept ans plus tard, la chaîne traverse l’une de ses crises majeures, secouée par des affaires internes et des départs qui interrogent son positionnement éditorial et son climat de travail.
Une crise lancée par l’affaire Morandini
L’onde de choc la plus récente est liée au maintien à l’antenne de Jean‑Marc Morandini. Poursuivi pour « corruption de mineurs » à l’encontre de trois adolescents, pour des faits qui se seraient déroulés entre 2009 et 2016, il a été condamné à un an de prison avec sursis et à un sursis probatoire de deux ans. La décision a poussé plusieurs visages de la chaîne à prendre leurs distances, parmi lesquels Sonia Mabrouk, Pascal Praud et Laurence Ferrari.
Cette tourmente s’ajoute à des critiques plus structurelles. En novembre dernier, l’enquête de l’émission Complément d’enquête, diffusée sur France 2, avait épinglé CNews pour certaines pratiques éditoriales et d’antenne. Depuis, les tensions internes semblent n’avoir fait que croître, alimentant une atmosphère électrique dans les couloirs de la chaîne.
Philippe Bilger évincé et ses mots tranchants
Le 23 janvier, Philippe Bilger, ancien magistrat âgé de 82 ans et chroniqueur régulier de L’Heure des Pros, a appris qu’il ne figurerait plus aux plateaux qui lui restaient. Sur le réseau X, il a publié : « Je viens d’apprendre à l’instant que #SergeNedjar ne souhaite plus ma présence sur les deux plateaux qui me restaient encore à CNews le mercredi de midi à 14 heures avec habituellement @SoMabrouk et le jeudi matin avec @PascalPraud ».
Quelques jours plus tard, dans les colonnes du Monde, Bilger a fait part d’un sentiment de « profond soulagement » d’avoir été « remercié ». Il explique : « Je suis profondément soulagé de ne plus appartenir à cette chaîne d’opinions », ajoutant qu’il avait été « fier de représenter le ‘S’ à la fin d »opinions' » et qu’il n’aurait pas su quitter la chaîne de lui‑même.
L’ancien chroniqueur ne s’est pas contenté de constater son départ ; il a vivement critiqué l’ambiance générale. Selon lui, il règne chez CNews « une inquisition sourcilleuse telle que je n’en ai jamais connu, une philosophie totalitariste, une pensée unique sur certains sujets, une atmosphère d’étouffement qui me mettaient mal à l’aise ». Il a également évoqué « l’absence totale de vrais sourires » au sein de la rédaction.
Conflits antérieurs et réductions de présence à l’antenne
Le départ de Bilger n’est pas survenu sans précédents d’attrition. Le chroniqueur et l’animateur Pascal Praud s’étaient accrochés publiquement le 27 octobre dernier, à propos de propos tenus sur Nicolas Sarkozy. Dans un article du Monde consacré à L’Heure des Pros et aux orientations politiques de la chaîne, Bilger avait déclaré : « Il y a deux mamelles fondamentales sur CNews : Sarkozy est innocent de tout, comme Israël ». Cette prise de position avait suscité la colère de Praud.
Après cet épisode, les interventions de Bilger à l’antenne ont été progressivement réduites, jusqu’à l’arrêt complet de ses apparitions. Sa mise à l’écart s’inscrit donc dans un contexte de crispations anciennes, où les divergences d’analyse et les frictions personnelles ont visiblement pesé.
Climat interne et enjeux pour la chaîne
Les départs de personnalités et la succession de polémiques posent la question de l’avenir éditorial de CNews. Entre la gestion des affaires judiciaires impliquant des collaborateurs et les critiques sur la ligne éditoriale, la chaîne doit composer avec une visibilité médiatique croissante et un risque d’usure de ses talents.
En interne, la direction est pointée du doigt pour ses choix de programmation et de maintien d’animateurs controversés. Les témoignages publics, comme celui de Philippe Bilger, alimentent le débat sur la culture d’antenne et la liberté — ou l’uniformité — d’expression au sein d’une chaîne qualifiée d' »opinion ».
Pour l’heure, CNews n’a pas rendu publiques de réponse détaillée aux critiques récentes ni clarifié les motifs précis de certaines mises à l’écart. Reste que, à vingt‑sept ans d’existence, la chaîne traverse une période où image, personnel et lignes éditoriales se trouvent au cœur d’un examen approfondi.
Mentionnés dans cet article : Jean‑Marc Morandini, Sonia Mabrouk, Pascal Praud, Laurence Ferrari, Philippe Bilger, Serge Nedjar, Complément d’enquête (France 2).


