La confirmation par la Cour de cassation de la condamnation de Jean‑Marc Morandini pour corruption de mineurs, rendue mercredi 14 janvier, a déclenché une onde de choc dans le paysage audiovisuel français. Malgré la lourdeur de la décision judiciaire, la chaîne d’information en continu du groupe Canal+, propriété de Vincent Bolloré, a choisi de maintenir à l’antenne l’émission Morandini Live, une décision qui a suscité un profond malaise, y compris chez certains animateurs et invités réguliers.
Maintien à l’antenne : une décision controversée
Le maintien de l’animateur à l’antenne a rapidement alimenté les critiques, tant dans les milieux médiatiques que politiques. Pour plusieurs observateurs, la présence continue de l’émission pose une question de responsabilité éditoriale : comment concilier la liberté d’antenne et la prise en compte d’une condamnation judiciaire devenue définitive ?
La chaîne concernée a visiblement estimé pouvoir poursuivre la diffusion de Morandini Live malgré la décision de la Cour de cassation. Ce choix éditorial a néanmoins été vécu comme insoutenable par une partie des collaborateurs et des invités, qui ont exprimé ou laissé transparaître leur malaise. Le dossier, sensible et fortement médiatisé, a mis en lumière des tensions internes et relancé le débat sur les pratiques de gouvernance au sein des médias appartenant à des groupes industriels.
Le Rassemblement national pris au dépourvu
La décision judiciaire et le maintien de l’émission ont aussi mis en difficulté certains partis politiques, dont le Rassemblement national (RN). Dans les jours qui ont suivi le verdict, la posture du parti est apparue hésitante. Interrogé par Mediapart peu après la confirmation de la condamnation, Jean‑Philippe Tanguy, président délégué du groupe RN à l’Assemblée nationale, a tenu à éluder le débat en déclarant : « Réglez vos problèmes entre journalistes ». Cette formule a été perçue comme un renvoi de la responsabilité à la chaîne plutôt qu’un positionnement politique clair.
Le flou entretenu par cette réponse a contribué à nourrir les critiques. Alors que la plupart des formations politiques prenaient leurs distances avec l’animateur, le RN a continué d’apparaître sur le plateau de Morandini Live, ce qui a renforcé l’inconfort et suscité des interrogations sur la ligne du parti.
Bardella tranche et impose le boycott
La situation a toutefois évolué rapidement. Selon plusieurs sources concordantes, relayées notamment par Le Point, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a pris une décision ferme : les porte‑parole et parlementaires du parti ne sont plus autorisés à participer à Morandini Live. Cette consigne, transmise en fin de semaine dernière par Victor Chabert, directeur de la communication du parti, marque un virage net dans la stratégie de communication du RN vis‑à‑vis du groupe Canal+.
Le message envoyé aux cadres et élus est sans ambiguïté : le boycott de l’émission doit être total. Cette reprise en main est intervenue après un épisode qui avait choqué en interne. Jeudi 15 janvier, au lendemain de la confirmation de la condamnation par la Cour de cassation, l’eurodéputé RN Matthieu Vallet s’est rendu sur le plateau de Jean‑Marc Morandini. Cette apparition a été jugée incompréhensible par de nombreux observateurs, alors même que la classe politique avait majoritairement pris ses distances avec l’animateur.
Conséquences politiques et médiatiques
La décision de Bardella vise à isoler l’émission au niveau des interventions politiques et à limiter l’impact symbolique de la présence d’élus sur un plateau devenu controversé. Pour le RN, la consigne permet de clarifier la position du parti et d’éviter des tensions internes supplémentaires liées à des prises de parole publiques perçues comme inopportunes.
Du côté des médias, l’affaire relance les discussions sur les mécanismes de gouvernance et les responsabilités éditoriales quand un animateur est impliqué dans une procédure judiciaire grave. Plusieurs acteurs du monde de la télévision et de la radio se demandent quelles règles devraient être appliquées pour protéger l’intégrité des antennes tout en respectant le principe de présomption d’innocence, qui n’était plus applicable dans ce cas après la confirmation judiciaire.
La décision de maintenir Morandini Live à l’antenne reste contestée et pourrait continuer à peser sur les relations entre la chaîne du groupe Canal+ et les représentants politiques, ainsi que sur la confiance du public. Les prochains développements dépendront autant des choix éditoriaux de la chaîne que des réactions des personnalités invitées ou associées à l’émission.
(Informations rapportées à partir de la décision de la Cour de cassation du 14 janvier et des articles publiés par Mediapart et Le Point.)


