Le 26 janvier 2026, Michel Sardou fête ses 79 ans. Figure majeure de la chanson française, il porte toutefois depuis près d’un demi-siècle une controverse qui n’a jamais vraiment disparu. En 1976, au sommet de sa popularité, il publie Je suis pour, un titre extrait de l’album La Vieille. Dans une France encore marquée par l’affaire Patrick Henry, ce texte provoque un choc et lui vaut d’être accusé de faire l’apologie de la peine de mort.
Une chanson au cœur d’un débat national
Je suis pour met en scène la douleur d’un père endeuillé et choisit un ton radical. Sardou se glisse dans la peau du personnage et écrit des paroles sans détour : « Tu as volé mon enfant / Versé le sang de mon sang (…) Je veux ta mort, je suis pour ». Ces mots, prononcés dans un contexte où l’affaire Patrick Henry a ravivé le débat sur la peine capitale, rencontrent une opinion publique déjà très sensible.
Très vite, la polémique enfle. Intellectuels, journalistes et responsables politiques accusent le chanteur d’appeler à la vengeance et de légitimer la peine de mort. Le Monde dénonce un appel à la justice expéditive. Des manifestations et des huées perturbent certains concerts. Pour une partie de l’opinion, Sardou se voit catalogué « de droite », parfois « d’extrême droite », une étiquette qui le poursuivra durablement.
Réactions, recul et autocritique
Face aux critiques, Michel Sardou apporte des nuances difficilement entendues à l’époque. Il affirme ne pas soutenir la peine de mort comme système judiciaire, mais vouloir exprimer la loi du talion et la souffrance d’un père confronté à l’irréparable. Cette distinction peine à convaincre et le titre, jugé trop explicite, écrase toute lecture au second degré.
Le choix du titre sera plus tard reconnu comme problématique par l’artiste lui‑même. Il déclarera que « Le choix du titre est mauvais » et dira, dans une interview sur RTL en 2021, avoir toujours été favorable à l’abolition de la peine de mort. Il qualifie la chanson de « mal écrite » et reconnaît qu’il aurait dû la laisser de côté. Fait rare dans sa carrière, il ne la chantera plus jamais sur scène après 1976 et Je suis pour ne sortira jamais en 45 tours.
La chanson restera longtemps absente des anthologies et compilations officielles de Michel Sardou. Contrairement à d’autres titres polémiques qu’il a réhabilités, ce morceau n’a jamais bénéficié d’une relecture scénique ni d’une contextualisation artistique. Pour de nombreux fans, il reste une œuvre à part, presque fantôme, symbole des limites de la provocation en chanson populaire.
Un catalogue de provocations
La controverse autour de Je suis pour s’inscrit dans une série de titres « coup de sang » qui jalonnent la carrière de Sardou dans les années 1970. Les Ricains, Le Temps des colonies, J’accuse ou Villes de solitude ont tour à tour suscité des accusations de sexisme, de colonialisme ou de provocation politique. Sardou a toujours plaidé qu’il « joue des rôles » et qu’il écrit à la première personne comme un comédien interprète des personnages.
Le contraste se fait d’ailleurs sentir avec la réponse artistique et politique apportée dans la décennie suivante. Julien Clerc compose L’Assassin assassin en 1980, chanson explicitement opposée à la peine de mort. En 1981, l’abolition portée par Robert Badinter met fin au débat législatif sur la peine capitale et relègue Je suis pour au rang de symbole d’une époque tourmentée.
Aujourd’hui encore, le titre continue d’alimenter débats et malentendus. Plus qu’un plaidoyer pour la peine capitale, Je suis pour apparaît surtout comme le reflet d’une colère brute, mal canalisée, et d’un artiste qui n’a jamais voulu lisser ses aspérités. Gênante pour certains, regrettée pour d’autres, cette chanson reste indissociable de l’histoire culturelle et politique de la France des années 1970.


