Jeanne Moreau, une présence toujours vive
Ce 23 janvier 2026, Jeanne Moreau aurait eu 98 ans. Née le 23 janvier 1928 à Paris (10ᵉ arrondissement) et décédée le 31 juillet 2017 dans le 8ᵉ arrondissement, elle reste l’une des figures les plus marquantes du cinéma français. Actrice, chanteuse et réalisatrice, elle a traversé les époques sans se laisser enfermer dans une seule image, laissant derrière elle une filmographie et une voix devenues références.
Muse de la Nouvelle Vague, Jeanne Moreau a incarné une féminité libre et insoumise dans des films qui ont marqué les esprits : Jules et Jim, Les Amants, Ascenseur pour l’échafaud ou encore Eva. Au-delà des rôles, elle a toujours revendiqué une liberté intérieure qu’elle exprimait aussi bien devant la caméra que sur scène.
Un duo inoubliable sur la Croisette
Parmi les images qui subsistent de son parcours, celle de sa rencontre scénique avec Vanessa Paradis au Festival de Cannes en 1995 demeure mythique. Vanessa Paradis, alors âgée de 22 ans, ouvre la 48ᵉ édition du festival. Pieds nus et seule sous les projecteurs, elle entame a cappella Le Tourbillon de la vie, chanson indissociable de Jules et Jim.
À la surprise générale, Jeanne Moreau, présidente du jury cette année-là, la rejoint sur scène. L’émotion est immédiate et palpable : deux voix, deux générations, une même vibration partagée en direct. Vanessa Paradis confiera plus tard : « Je suis tombée dans ses yeux. Je ne contrôlais plus rien » et décrira ce moment comme « le plus fort » de sa vie sur scène. La salle retient son souffle ; il n’y a plus que la musique et l’échange entre les deux femmes.
La chanson, héritage d’un tournage
Le Tourbillon de la vie n’est pas née hors du hasard. Écrite par Serge Rezvani sous le pseudonyme de Cyrus Bassiak, la chanson n’était pas à l’origine destinée au film. C’est François Truffaut qui, pour redonner de l’impulsion à un tournage délicat de Jules et Jim, décide de filmer Jeanne Moreau chantant. La séquence devient l’une des plus célèbres du cinéma français, symbole d’une époque et d’une liberté sentimentale.
La performance cannoise de 1995 prolonge cette histoire : par un simple geste, Moreau transmet une forme de continuité artistique. Le duo improvisé sur la Croisette reste souvent cité comme un exemple de transmission intergénérationnelle, hors des stratégies médiatiques.
Rencontres, retrouvailles et confidences
Après ce moment partagé à Cannes, Jeanne Moreau et Vanessa Paradis se retrouveront ensuite à l’écran dans Un amour de sorcière, où Moreau incarne la grand-mère du personnage joué par la jeune artiste. Leur chemin se sépare ensuite, avant que la presse relaie une nouvelle rencontre en 2010 pour un entretien réalisé par Madame Figaro.
Lors de cet échange, l’affection entre elles apparaît intacte. Jeanne Moreau parle d’un « lien secret et mystérieux » ; Vanessa Paradis évoque un « coup de foudre ». Elles parlent du métier, de la peur de ne pas être à la hauteur, de la célébrité et du désir de transgression. Moreau y réaffirme sa conception de la liberté : « La seule vraie liberté, c’est la liberté intérieure ». Le dialogue, selon leurs propres mots, est empreint de tendresse et d’une sincérité rare.
Un héritage qui perdure
Depuis la disparition de Jeanne Moreau, la scène cannoise de 1995 n’a cessé d’être rediffusée et commentée. Elle synthétise ce que le cinéma et la chanson peuvent offrir de plus précieux : une transmission presque invisible, un moment de grâce impossible à reproduire par artifice.
Jeanne Moreau n’est pas seulement restée une actrice remarquable ; sa voix grave et singulière, son refus des compromis et son exigence artistique continuent d’influencer les générations suivantes. Alors qu’elle aurait eu 98 ans, son audace et sa présence dans l’imaginaire collectif demeurent intactes. La séquence partagée avec Vanessa Paradis reste le symbole d’un relais donné sans discours, par un simple geste et une voix partagée, un instant suspendu qui rappelle que certaines œuvres et certaines artistes survivent au temps.


