Le 22 janvier 2026, Frank Lebœuf fête ses 58 ans. Ancien défenseur international et champion du monde 1998, il est aujourd’hui consultant et observateur du football, une voix écoutée quand il évoque les grandes figures du sport. Dans ses interventions, l’ex-joueur de Chelsea n’adoucit pas toujours ses souvenirs, notamment concernant Zinédine Zidane, son ancien coéquipier en équipe de France.
Un regard sans complaisance sur « Zizou »
L’aura de Zinédine Zidane reste intacte : artisan majeur du sacre mondial en 1998, vainqueur de l’Euro 2000 et finaliste héroïque en 2006, puis entraîneur couronné avec le Real Madrid, il appartient au panthéon du football. Malgré cette stature, Frank Lebœuf se montre lucide et nuancé. Il reconnaît une admiration nette pour le talent de son ancien partenaire et sait rappeler que le joueur n’était pas exempt de défauts.
« Il était incroyable, mais il avait son caractère. Ce n’était pas facile », confie Lebœuf, sans détour. Face aux comparaisons modernes entre Zidane et des talents actuels — comme Jude Bellingham — il refuse l’équivalence totale : « Je suis désolé, mais Zidane, techniquement, c’était autre chose. » Par ces mots, il distingue le génie technique et l’impact d’une légende de la simple mode du moment.
Des épisodes de colère documentés
Ce qui intrigue et divise, chez Zidane, c’est le contraste entre le joueur élégant sur le terrain et l’homme capable d’accès de colère. Dans l’émission Le Vestiaire, Frank Lebœuf raconte une scène qui illustre cette ambivalence. Il dit avoir vu Zidane frapper Valeri Karpine dans les vestiaires : « Je l’ai vu mettre une droite à un joueur dans les vestiaires. Je l’ai retenu, je lui ai dit d’arrêter. Il m’a dit : ‘C’est bon’. Je le lâche, il y retourne et il lui en remet une autre. »
Emmanuel Petit, autre champion du monde 1998, confirme ce constat. Pour lui, cette violence ponctuelle constituait « probablement l’un des seuls défauts » de Zidane. « À tout moment, il pouvait péter un plomb, et c’était quelque chose qu’on ne pouvait pas maîtriser », explique-t-il, pointant la fragilité d’un tempérament brusque qui pouvait peser sur le collectif.
Les épisodes de colère ne sont pas des rumeurs isolées. La carrière de Zidane comporte quatorze cartons rouges, un chiffre élevé pour un joueur de son standing. On trouve dans son parcours des faits notables : un coup de poing sur Marcel Desailly en 1993, un coup de tête sur un adversaire au sol en Bundesliga, des expulsions en Ligue des champions et, surtout, le coup de tête donné à Marco Materazzi lors de la finale de la Coupe du monde 2006 — geste qui a profondément marqué l’histoire du football.
Zidane lui-même a reconnu cette part d’ombre. Il a expliqué que la provocation, l’atteinte à l’honneur et la pression émotionnelle pouvaient déclencher des réactions irrépressibles. « L’espace d’une seconde, et c’est parti », avait-il dit en évoquant l’incident de 2006, phrase qui témoigne d’une lucidité rare sur ses propres failles.
Un portrait en nuances
Pour Frank Lebœuf, ces accès de colère n’effacent rien de la grandeur sportive de Zidane. Il souligne les qualités qui firent de lui un joueur exceptionnel : la maîtrise technique, la présence sur le terrain, la combativité. « Il marchait sur les pieds, utilisait les coudes, il savait faire », dit-il, en ajoutant que Zidane avait aussi « un cœur énorme ». Ces mots rappellent que le champion était aussi généreux hors du terrain.
À l’équilibre entre mythe et humanité, le portrait de Zinédine Zidane reste complexe. Engagement humanitaire, fidélité à ses proches et respect profond du jeu complètent celui d’un homme admiré pour son génie et questionné pour ses excès. Pour ses anciens partenaires comme pour les observateurs, Zidane demeure à la fois un modèle et un joueur faillible.
En livrant un témoignage franc et sans concession, Frank Lebœuf invite à regarder la légende dans toute sa complexité : un génie du ballon rond capable de moments de grâce sublimes et, parfois, de perdre le contrôle.


